Hey tout le monde !

J’espère que vous allez bien, et que vous ne vivez pas trop mal votre confinement ! Pour ma part j’ai décidé de prendre ce temps pour me recentrer sur moi-même et m’atteler à des activités créatives. Aujourd’hui j’ai décidé de m’ouvrir à vous pour la troisième fois sur un sujet sensible.  Je vous propose un article sur les troubles du comportement alimentaires, troubles qui m’ont poursuivis durant une grande partie de ma vie.

Je tiens avant tout à vous rappeler que cet article est un témoigne absolument personnel, et qu’il ne représente pas tous les ressentis des personnes qui souffrent de troubles alimentaires. Il s’agit de mon histoire, de mes ressentis, et de mon propre recule par rapport à mon expérience.

Je tiens également à rappeler que l’anorexie et la boulimie sont de véritables maladies à prendre au sérieux, et qui peuvent détruire des vies. Pour rappel : l’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire essentiellement féminin, qui entraîne une privation alimentaire stricte et volontaire pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. L’anorexie est très souvent associée à des troubles psychologiques.

Du plus loin que je me souvienne, l’obsession pour mon corps et pour la nourriture a débuté autours de mes 13 ans. Age de puberté, durant lequel le corps d’enfant se transforme petit à petit en celui d’une femme, qu’il est parfois difficile d’accepter. J’ai toujours été par nature quelqu’un avec peu  de confiance en soi, mais je ne pensais pas à l’époque que ce mal-être allait aboutir à quelque  chose de beaucoup plus profond.

J’ai découvert la boulimie à l’âge de 13 ans par le biais d’une série télévisée où l’un des protagonistes se faisait vomir pour ne pas grossir. Complètement stupide je sais, mais à cette période je pensais avoir trouvé la solution à mon problème. Solution miracle, je disais, où l’on pouvait manger sans grossir. Car malgré mon jeune âge, l’obsession de mon corps et la crainte de grossir étaient déjà des sujets qui occupaient tout mon mental.  Au fils des années, la boulimie faisait entièrement partie de moi. Elle  dictait mes journées et mes humeurs, avec l’horrible insatisfaction de ne jamais atteindre le poids tant rêvé.

Le problème s’est accentué en profondeur durant mes années lycées. Trois années tournées vers l’auto-dénigrement, cette boulimie qui pouvait passer pour une petite crise plus jeune était entrain de se transformer en véritable monstre qui me rongeait de l’intérieure et qui embrouillait mon esprit. Ma vie est devenue un enfer car elle ne tournait qu’autours d’une seule chose : la nourriture.

J’avais décidé que je ne devrais pas manger plus de 100 calories par jours, mon mentale était devenue une calculatrice, je comptais constamment tout ce que je pouvais avaler pour ne jamais dépasser ce chiffre, et je filait aux toilettes dés que le compte n’était pas bon. Plus je sombrais, et plus je me sentais prisonnière de ce monde que j’avais créer autours de moi, frôlant parfois même l’aliénation. Je me lançais des minis paris  » combien de jours je pourrai tenir encore sans manger ? 48h ? 54h ? ». Je ne pensais qu’à ca toute la journée, prétextant ne pas aimer la pizza ( quand en faite j’en raffole) prétextant n’aimer manger que les petits rebords de la patte, prétextant ne pas avoir faim, prétextant aller très bien. Ma vie était devenue un véritable mensonge, et pire que tout je me mentais constamment à moi-même. Je regardais avec envie les silhouettes maigrichonnes, et je maudissais chaque partie du mien.

L’enfer se passe dans l’esprit, et c’est ainsi que s’est développée en plus de la boulimie, une anorexie psychologique. Physiquement j’allais très bien , j’étais même assez rondelette, alors que dans ma tête j’étais au plus mal. Quand on s’affame pendant autant de temps, on fini par craquer à un moment, et quand ce moment arrive on ingurgite absolument tout ce qu’on trouve sur son passage en un temps record.

Et puis le regret, et puis la promesse de ne plus recommencer, et puis de nouveaux défis à tenir, et c’est ainsi qu’on se retrouve plongé dans un tourbillon qui ne mène qu’à un cercle vicieux sans fin. C’est le serpent qui se mord la queue.

Il faut savoir qu’à cette période j’étais en internat ce qui signifie qu’il était beaucoup plus simple pour moi de me priver de manger : pas de cuisine à porté de main. Mais chaque retour à la maison pendant les vacances scolaires étaient une véritable « rechute ». Tel était devenue mon quotidien : anorexie et jeune à l’internat, boulimie et vomissement à la maison. Cette maladie est dévastatrice tant elle occulte tout  l’esprit.Cette maladie est dévastatrice tant accaparait tous les aspect de ma vie.

 » Boulimie quand tu nous tiens… plus de 6000 calories engloutis en moins de 30 min, plus de 60 aliments avalés en un temps record. (…) Evidement je me cache, personne ne dois savoir que je mange. Personne à la maison, l’occasion d’avaler tout ce que je peux. Personne à la maison, la tentation est trop forte, je cours me faire vomir. 5min, la porte sonne. Merde ! Je tire la chasse d’eau, me lave le visage, et ouvre la porte à mon frère, sourire aux lèvres l’air de rien. En faite, je meurs (….) C’est un problème grave qui m’oblige à rendre la nourriture non pas comme une arme qui fait vivre mais qui m’anéantis (…) Il est hors de question de me peser, je risque de tomber en dépression. (…) C’est le problème de la boulimie, elle vous emmène dans un univers ou manger apparait comme une compétition, ou manger ne procure aucun plaisir, il n’y a aucune dégustation, aucune finesse. La boulimie ? c’est un enfer, mon enfer. (…) Je suis en surpoids de plusieurs kilos. Vu mon état je pencherai pour une crise d’anorexie qui commence à partir de demain. Et voilà mon enfer, mon cercle vicieux recommence, je ne serai jamais normal, je ne mangerai jamais normalement. « 

Ces mots sont une promenades dans mon mental de l’époque.

A l’aube de mes 18 ans j’ai pris conscience que j’avais réellement un problème, et que je ne voulais plus vivre comme ca. J’ai écris comme échappatoire. Tous les jours, j’ai écris ce que je ressentais, ce que je vivais  » mon ventre ne gargouille même  pas, je suis dégoutée »,   » les filles à coté sont très excitées, mais je ne peux pas me joindre à leur excitation parce que je ne tiens pas debout, je tombe de fatigue » , » je ne sais pas quoi faire, j’ai toujours peur et honte de me montrer en maillot »,  » c’est quand même fou ce que le temps parait long quand on arrête de manger » ….

Pendant des semaines et des mois, j’ai écris mes ressentis, j’ai décris mes repas, j’ai compté les kilos et les calories. Ce journal est surement l’un des plus durs que j’ai pu écrire, mais il a été ma force salvatrice. Je l’ai rangé un jour, et je l’ai ressortis quelques mois plus tard. Lire avec du recule mes propres mots, m’ont permis de réaliser ce que je voulais et ce que je ne voulais pas dans ma vie. Et j’ai décidé que je ne voulais pas etre ce genre de fille, je ne voulais pas etre dépendante à de quelconques addictions, et je ne voulais plus vivre dans le mal. J’ai ouvert les yeux en faisant ma propre introspection, et je me suis libérée petit à petit du monstre qui me dévorait de l’intérieure depuis des années.

Evidemment je ne me suis pas réveillée un matin en me disant  » stop j’arrête « , et évidement que ca ne marche pas comme ca ( ce serait beaucoup trop facile ). Sur le temps, et les années, j’ai pris sur moi, je me suis forcée parfois, j’ai rechuté parfois, mais à force de volonté, j’ai réussi à avancer.

En entrant dans l’âge adulte, mon corps s’est naturellement affinée. J’ai perdu progressivement au fils des années les 12 kilos de surpoids que j’avais accumulé durant mes années d’internat, et cela sans crise de boulimie ni d’anorexie. J’ai réalisé que la psychologie jouait un rôle majeur dans tout ce que je vivais : plus je me persuadai que manger faisait grossir et plus je grossissais. Le jour ou j’ai décidé de lâcher prise prise, ne plus voir la nourriture comme un ennemie, le jour ou j’ai cessé de compter, et surtout le jour ou j’ai arrêté de culpabiliser, mon corps m’a écouté. Et je n’ai jamais été aussi reconnaissante envers lui pour ca.

A 26 ans, alors que j’avais laissé toutes les crises de boulimies et d’anorexies derrière moi, une relation douteuse à eu des effets néfastes sur mon corps. Malgré moi j’ai arrêté de me nourrir, et malgré moi j’ai perdu 5KG supplémentaire. 10 ans après que je regardais les silhouettes maigrichonne avec envie, j’avais enfin ce corps qui m’obsédait tant, et il me faisait peur. Je me suis revue dix années en arrière tenter par tous les moyens d’arriver à une telle maigreur, et j’ai eu de la peine. Car aussi maigre, aussi osseuse, aussi éteinte, je ne me trouvais pas belle.

Du coup j’ai du surmonter cette relation douteuse, j’ai du réapprendre à m’aimer, et au fils du temps ( le temps toujours le temps. Ce temps réduit à quelques mots sur mon clavier équivaut dans la réalité à des mois de luttes et de batailles ) j’ai retrouvé un corps normal, j’ai retrouvé un sourire et j’ai retrouvé un mental sain.

Vous pourriez remarquer à travers mes histoires, qu’au fils des années je suis souvent passée par des moments un peu difficile, mais j’ai toujours su me relever et finir ces chapitres sur des notes positives. Je ne crois pas qu’une situation est destinée a rester telle qu’elle est indéfiniment,  je ne pense pas qu’on puisse accepter sa condition et se dire  » je suis comme ca et tant pis ». Longtemps j’ai cru que ca faisait partie de moi et que forcément ca ne me quitterait jamais.

Evidemment que ca laisse toujours des cicatrices, évidement qu’il m’arrive parfois d’avoir encore des anciens réflexes et de faire une fixation sur mon corps, de paniquer quand j’ai le sentiment de grossir. Evidemment que je n’ai pas atteint le paroxysme de mon épanouissement personnelle, évidemment que le cheminement vers l’acceptation de soi demande beaucoup de temps et de courage. Mais j’apprends tous les jours à m’accepter telle que je suis.

La présence des réseaux sociaux, forcément n’aide pas. Devoir sans cesse etre confrontée à des filles à l’allure parfaite, sans parler de toutes les applications de retouches photos, et bien sur les filtres qui fausse totalement le regard qu’on  porte à soi-même. Je suis sincèrement heureuse que les réseaux sociaux n’existaient pas à l’époque où je traversais tout ca, et j’espère de tout coeur que la nouvelle génération arrive à prendre les choses avec un peu de recule.

J’ai décidé de vous raconter mon histoire aujourd’hui, car je me rends compte que cette période de confinement peut etre un véritable enfer pour toutes celles qui ont l’obsession du corps, pour toutes celles qui souffrent de troubles de comportement alimentaires. Car oui il s’agit d’une véritable souffrance. Je voudrai dire à toute ses filles, que la fatalité n’existe pas, il existe toujours un moyen de s’en sortir. J’ai conscience d’avoir été  » chanceuse », beaucoup n’arrivent pas à s’en sortir seule comme je l’ai fais, mon cas n’est pas un exemple universel. Alors pour toutes ces filles, voici mon conseil :

il n’y a pas plus bel amour que celui qu’on se porte à soi-même. Il n’existe pas de critère de beauté universelle, une femme bien dans son corps et dans sa tête vaux toutes les mensurations parfaites au monde. On aimerait toujours se trouver plus parfaite, on tentera toujours d’essayer de gommer nos défauts et imperfections. Le plus important est d’aimer la personne qui se trouve de l’autre coté du miroir, loin des pays des apparences.

With love,

Sara

3 Comments

  1. Je n’ai qu’un mot Sarah : Merci.

    Cela fait maintenant 3mois que, après 4ans de boulimie j’ose enfin le révéler à ma mère et entamer une thérapie.
    Avec le confinement, c’est en effet très difficile de contrôler les crises et de ne plus avoir les séances pour avancer psychologiquement. Mais ton article est le parfait « pansement ».

    Toda raba, que Dieu te bénisse Sarah,

    Suzanne

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